Un jour comme çà! la souffrance a t-elle un sens

Publié le par Claudine Charlevol

 

Un jour comme çà! 
07/09/2017

L'autre jour j'ai lu ces mots " la douleur a t-elle un sens ? "... that is the question.

Depuis plusieurs années, une personne décide de faire un travail personnel sur des maux enfouis, oublier, mis de côtés de sa mémoire. Elle s'est rendue compte qu'au début des exercices tout est simple et facile, des bobos remontent et se nettoient... Plus elle s'est mise à gratter et plus les exercices devenaient difficiles... De gros chocs émotionnels ont surgit et l'ont hanté, elle essaie par tous les moyens d'y faire face, de les panser, les accepter, de pardonner...Mais un en particulier est plus résistant. IL la perturbe tellement qu'elle s'est trouvée honteuse quand sa bouche a prononcé le mot " haïr ", elle qui parle et enseigne le pardon, la compassion, la tolérance... En fait elle s’aperçoit qu'elle reste un humain avec ses maux à fleur de peau qui peut l'amener à de la colère.
Ce choc émotionnel  a chamboulé sa vie, a étouffé une partie de son être... L'enfant qu'elle était à l'époque du choc, cherchait de l'aide, un secours, une main tendue, qu'elle n'a pas trouvé, qu'elle n'a pas eu et qu'elle n'aura jamais.

A plus de cinquante ans, elle crie cette souffrance, elle pleure cette souffrance, elle prie cette souffrance, elle accueille cette souffrance, cette petite enfant intérieur qui a été meurtri, humilié, roué de coups, elle accepte cette souffrance, elle dit je t'aime, désolée, pardon, merci ...Hélas ce souvenir terrifiant est toujours bien présent et la scène du film de sa vie tourne en boucle, depuis tant d'année et après avoir tout fait pour s'en délivrer.

Voici son histoire  " la douleur a t-elle un sens " un jour comme çà!

C'était l'été il faisait grand jour, le soleil n'était pas encore devenue orangé, pourtant on se rapprochait du souper... Assise sur l'herbe dans le parc derrière chez moi, à discuter avec mes amis (es) du conservatoire...Comme un pré sentiment, d'un bond je me suis levée en disant salut la compagnie... à peine cent mètre de la maison, sur le retour en traversant la cours intérieur de la résidence, Je me retrouve nez à nez devant deux personnes,émotionnellement fermées. Le visage inquiet de mon père accompagné de ma sœur aînée.
L'air grave, les yeux noirs, il était rouge de colère "ou-tu étais? 
j'essaie de lui répondre dans le parc, c'est faux répond ma sœur... 
Je n'ai pas eu le temps de m'expliquer, je n'ai pas compris ce qu'il m'arrivait, d'un coup, deux paires de gifles m'ont renversé à terre pour vous dire la violence de l'impacte, l'acharné a défoulé sa rage, à coup de poing, aux coups de pieds, dans le ventre m'ont fait me recroqueviller en position fétus, il a continué dans le dos et les fesses sans s'arrêter
mes pleurs ne pouvaient rien ni changer...Ma sœur toujours présente n'a pas bronché, même pas porté secoure à une personne en danger... On appellerait çà! 
" non assistance à personne en danger "...
Et puis, les coups se sont arrêtés, j'étais terrorisée, je n'osais plus bouger, et même les regarder en face était au dessus de mes forces. Je gardais les yeux baissés, humiliée, rabaissée dans mon estime... Mon père n'a pas parlé, mais, a gueulé pour me dire de monter, de rentrer à la maison et directement dans ma chambre sans manger...
doucement je me suis dépliée, freinée par des douleurs qui venaient de tous les côtés...comme une bête apeurée...
une fois relevée, d'un pas vif, je me suis précipitée vers l'entrée de l'immeuble la peur au ventre j'ai emprunté les escaliers pour éviter de me retrouver avec eux dans l'ascenseur, la peur à nouveau de les affronter.
enfin la porte de l'appartement franchit, je me suis réfugiée dans les wc m'assurant d'avoir bien fermée la porte à clef.
J'ai sortie toute ma peine en vidant toutes mes larmes de mon corps, ces larmes qui n'avaient cessé dès les premiers coups... 
j'étais dans l'imcompréhention totale, (et après toutes ces années je le suis encore) d'un mal entendu que je n'ai pas pu expliquer...exprimer... 
à aucun moment j'ai pu ou eu l'occasion de parler, de poser des mots sur autant d'injustice, 
j'ai juste eu le droit de la fermer et de me laisser frapper sous le regard attentif de ma soeur ainée.
Enfermée dans les toilettes je me suis crue en sécurité pourtant la porte s'est mise à trembler sous les coups de poing d'un père toujours aussi énnervé...( mais qu'est ce qui a bien pu le mettre dans cet état là !).
Enfin j'entends la voix de ma mère qui vient lui dire de cesser ...mon cœur a commencé à s'apaiser et reprendre un rythme normal et régulier à nouveau je l'entends crier de sortir et d'aller me coucher sans manger.
j'ai attendu un bon moment enfermé dans les wc...voilà! plus un bruit, j ai ouvert tout doucement la porte pour vérifier si je n'étais plus en danger, tout était ok, je suis sortie pour exécuter ce qu'il m'avait ordonné,
Vite, une fois dans ma chambre, je me suis déshabillée pour me coucher.
à peine allongée dans mon lit, j'ai senti mon corps se vider... Du sang partout,
je faisais une hémoragie vaginale une fois de plus la peur au ventre, j'ai poussé un cri affolé, ma mère est arrivée accompagnée de ma soeur ainée... 
 
Ont ils tous pris conscience de la gravité... "ces deux bourreaux coupables mais pas responsables"  de laisser des traces indélébiles au corps à l'âme et à l'esprit... je ne pourrais vous le dire ...je ne me souvient plus de la suite ....le trou noir complet. 
Quelques mois ont passé, je me suis retrouvée avec des traces blanches partout sur le corps, " le VITILIGO est né.
Vitiligo ,
Tu n'es pas très rigolo,
Tu te dissimule derrière une affection
Touchant une bonne partie de la population.
Peu de gens en guérient
Laissant des traces à vie
Taches blanches vous êtes apparues,
Dans ma vie sur mes doigts je vous ai vue.
Vous vous imprimez sur ma peau
Comme nourrit par les maux
Vous vous êtes installées sans autorisation
Vous démarquant par dépigmentation
Petites taches devenues grandes
Des pieds, aux visages s'étendent
Vous n'êtes pas douloureuses
Mais esthétiquement honteuse.

Après mon expérience et un apprentissage à l'école de la vie,  voici ce que je peux répondre:
La maltraitance, quelle que soit sa nature, sa durée et ce qui la motivée, provoque des émotions aussi profondes qu'intenses ( peur, colère, haine, douleur, honte, désespoir...)qui ont pu être refoulées, mais qui n'en demeurent pas moins agissantes. Il es difficile de pardonner et plus généralement d'avancer dans sa vie, sans les avoir identifiées et avoir mesuré leur impact sur nous et cela demande du temps. Le temps d'installer un dialogue avec soi-même afin de se demander sans se censurer, ce que l'on ressent vraiment lorsque l'on pense à ce que l'on a vécu et à ceux qui nous ont fait vivre ces choses pénibles ou insupportables. Oser mette des mots sur ce ressenti " je ressens de l'injustice, de la honte, de la colère. Ils sont l'indispensable premier pas vers la prise de décision éclairée. Il est important de se donner du temps pour ce permettre d'évaluer l’importance du préjudice subi...Il est possible de pardonner à un parent ( absent ) qui est mort. cette demande symbolique produit les mêmes effets qu'un pardon en face à face contrairement à ce qu l'on croit, le fait de pardonner ne nous comble pas immédiatement d'allégresse, c'est au contraire souvent un sentiment de vide qui advient, car la colère, la rancœur, sont des émotions intenses, qui prennent beaucoup de place et d'énergie, et qui peut donner sens et direction à notre vie. Enfin il faut toujours garder à l'esprit qu'un pardon peut se reprendre tout comme l'on peut choisir d'accorder un pardon longtemps refusé, c'est une façon de rester à l'écoute de sa souffrance et de son désir.
Les blessures mal refermées ou non explicitées peuvent provoquer des schémas compulsifs de répétition. Si nous arrivons à identifier nos souffrances à cicatriser puis à les mettre à distance à ne plus en vouloir à leurs auteurs, nous sommes alors plus susceptibles d'innover dans notre façon d'aimer de se pardonner à soi-même, de se donner le courage qui permet de continuer, ou de commencer à vivre.
Cependant si une part de souffrance demeure, elle signale la persistance de comptes à régler. Lorsque face à eux, qu'ils soient encore de ce monde ou disparu, nous nous sentons encore, à des degrés divers incompris ou en manque de reconnaissance, agacés ou débordants de colère et d'incompréhension, il faut pouvoir regarder ce qu'ils ont fait ou ce qui'ils font encore qui éveille ainsi notre susceptibilité. " sentir et identifier sa colère est une étape qui ouvre à l'acceptation et à l'éventualité du pardon.
Puisse ces mots nous donner à tous les pistes dont nous avons besoin pour panser nos plaies et aller de l'avant ...Je vous aime Claudine


 

 

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