Conte jeunesse

Publié le par Claudine Charlevol

Conte jeunesse

La petite elfe ROSAÏA

Tout près de chez moi se trouve un chêne.
Personne n’est capable de lui donner un âge ; certains disent qu’il est là depuis des siècles. Il est imposant, dressé sur son large tronc. Il puise sa force dans ses longues et puissantes racines plongées dans la terre et gonflées par la sève naissante. Ce n’est plus un arbre, mais un colosse dont les écorces se craquellent à mesure du temps qui passe.

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Un habitant du village, un vieil homme attendrissant, s’amuse à me raconter sans cesse la même histoire, celle de la petite elfe Rosaïa.
Son âge ? Je l’ignore ! Je sais juste que, sans sa canne à la main, il éprouve des difficultés à tenir sur ses deux jambes, que son dos est voûté, que sa barbe touche presque le sol, qu’il lui manque des dents, que ses cheveux ont disparu de son crâne – ne laissant apparaître qu’une couronne de poils à la place – et que c’est un homme sage et respecté par les autres résidents du village.

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Le vieil homme aime s’asseoir sur une énorme pierre, non loin du chêne, avec moi à genoux près de lui. Il me tient la main de peur que je ne me sauve avant la fin de l’histoire. Mais c’est ce qui se passe à chaque fois ; trop pressée de jouer, je n’ai pas la patience d’attendre que l’elfe se montre.

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« Écoute, petite princesse ! me dit monsieur Robin. Le bruit court qu’une petite elfe nommée Rosaïa est la gardienne des lieux. Elle surveille et protège ce magnifique ancêtre. On dit qu’elle brille comme un soleil, cuirassée d’un habillé de soie cuivré confectionné par la veuve noire, une araignée qui niche dans cet arbre depuis déjà quelque temps. En fait, depuis toujours, si ma mémoire ne me joue pas des tours ! ajoute-t-il en s’esclaffant.

Grâce à ses deux petites ailes sur son dos, dans un incessant mouvement d’énergie, cette petite elfe des bois se déplace, non loin de chez toi. Elle parle aux oiseaux, aux plantes, aux cailloux, et même aux animaux ; tous la respectent énormément. Parfois, elle prend l’apparence d’une feuille. Son corps est menu et long, ses yeux sont en forme d’amande et sa chevelure, mauve et bouclée, recouvre ses oreilles pointues. Agile et rapide comme un écureuil, elle se meut de branche en branche et a la capacité de flotter dans l’air. Son existence est en accord avec tous les êtres vivants de la forêt. Tantôt elle est assise sur un champignon, tantôt elle boit le nectar d’une fleur. On la surnomme “L’esprit de la nature”.

Comme lors d’un rituel, Rosaïa tourne et retourne sans cesse autour de ce fantastique géant, en semant une traînée de poussière lumineuse et en la répandant, telle une guirlande de Noël, tout autour du chêne qui s’illumine chaque nuit.
Dis-moi, petite princesse, n’as-tu rien vu les nuits passées?
— Non, la nuit, je dors, monsieur Robin ! »

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Mon âme de petite fille aime observer ce qui se passe dans la nature. Il m’arrive de regarder les écureuils jouer entre eux à se poursuivre dans les arbres. Parfois, quand le temps est orageux, je contemple les nuages toucher la cime des montagnes.
De plus, je cours après les papillons, me roule dans l’herbe ou effeuille les marguerites ; je t’aime un peu, beaucoup, à la folie…

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Aujourd’hui, j’ignore pourquoi, mais je décide d’être attentive aux moindres paroles du vieil homme. Chacune d’elles développe en moi un bien-être et la curiosité de percevoir d’une autre façon le chêne qui se présente à mes yeux.

Je découvre de nouvelles pousses, de nouvelles branches, de nouveaux bourgeons, de nouveaux petits glands et vois les plus anciens, aussi gros qu’une noix, prêts à tomber de la branche. Ce vieil arbre reste rajeuni par le vert éclatant des feuilles aux formes dentelées. Je suis émerveillée par l’énergie lumineuse qui se dégage de lui. Mais chut ! écoutons la suite !

« Si tu restes là, immobile, à écouter le silence, tu vas pouvoir entendre la voix de Rosaïa, la petite elfe, m’informe monsieur Robin.
— Comment vais-je la reconnaître ?
— Tu ne peux pas te tromper ; c’est une voix cristalline qui transporte ton cœur, te donne des ailes. Elle rappelle le sifflement du vent dans les branches caressant les feuilles au passage. Une voix que tu n’as jamais entendue nulle part ailleurs.
À présent, plus un bruit ! »
Avec le vieil homme, nous nous abandonnons au silence, avec pour unique fond les sons de la nature.

Une minute, puis deux, et enfin trois après nous être tus, monsieur Robin me demande :
« Entends-tu, princesse ? »
Oui, une voix aiguë a retenti. Elle est venue chatouiller
mon oreille.

Mon cœur bat de plus en plus vite et de plus en plus fort de peur.
De peur ? Non, non ! pas de peur, mais de joie.

« Maintenant que tu as su garder ton calme quelques instants et entendu la voix de la petite elfe, me dit monsieur Robin, il faut que tu saches que la naissance de Rosaïa remonte à la nuit des temps et que celle-ci a un rôle très important à jouer ! Elle reçoit des messages du ciel qui lui enseigne certains de ses secrets, et des pouvoirs magiques lui sont octroyés pour faire régner la paix dans ces lieux. De par sa fonction de gardienne du grand chêne, elle doit veiller à la survie de ce dernier et à ce que l’endroit reste paisible pour que tout y soit beauté et grâce.

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Elle se doit également d’accueillir les nouveaux bourgeons au printemps et de les guider vers l’éclosion en jeunes glands pour éviter qu’ils ne tombent trop tôt de la branche. Enfin, il est de son devoir d’accompagner le plus ancien gland à quitter l’arbre pour retourner à la terre, que l’on appelle “Mère nourricière”, afin de donner force et vitalité aux tiges naissantes. De nouvelles graines poussent dans l’obscurité pour grandir vers la lumière.

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À chaque pleine lune, Rosaïa organise la fête des Lumières, somptueusement illuminée par ses amis lucioles et vers luisants. De nombreux invités viennent souhaiter longue vie au vieux chêne.
Bon, conclut l’homme, je vois que cette histoire te passionne, petite princesse.
— Oh que oui, monsieur Robin !
— Alors voilà ce que nous allons faire... (Il chuchote à mon oreille.) Chut ! c’est un secret entre toi et moi, d’accord ?
— Ouiii ! monsieur Robin ! À demain soir, monsieur Robin ! »

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N’êtes-vous pas curieux ? Que se passera-t-il demain soir ? Eh ben, voyons, chers lecteurs, ce sera la pleine lune !


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La nuit est tombée. Le ciel est étoilé, la lune est claire et ronde comme un ballon ; on peut apercevoir en son milieu deux yeux, un nez et une bouche qui sourit. Brillante, la lune illumine toute la vallée.

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« Youpi ! m’exclamé-je, c’est la pleine lune ! Oh ! mais je suis en retard à mon rendez-vous avec monsieur Robin, tout près du vieux chêne ! Vite, vite, vite ! il me faut un habit lumineux pour aller assister à cette fête des Lumières orchestrée par la petite elfe ! Je vais bien trouver ce qu’il me faut dans mon placard. Voyons, où est cette belle robe de princesse que mes parents m’ont offerte pour mon anniversaire ? Ah ! elle est là ! Vite, vite, vite ! La couronne sur la tête, me voilà enfin prête ! »

Ce jour-là, par sécurité, mes parents décident de m’accompagner à mon rendez-vous.
Très excitée, je cours dans tous les sens. Je presse mes parents pour ne pas rater le début de l'évènement. À peine le pas de la porte franchi, j’accours près du vieux chêne.

J’y arrive tout essoufflée. L’homme est assis au même endroit où je l’ai laissé la veille. Sur sa pierre, l’air dans les nuages, il reprend ses esprits à mon arrivée.
« Bonsoir, jolie princesse.
— Bonsoir, monsieur Robin.
— Comme tu es belle dans ta robe lumineuse !
— Merci, réponds-je.

— Je te propose de rester là, comme hier après-midi, pour écouter le silence. Viens t’asseoir près de moi ! Veux-tu bien me donner la main ? Trouve la paix à l’intérieur de toi et respire lentement. Ressens-tu les battements de ton cœur taper dans ta poitrine ? Oui, voilà ! La fête des Lumières va bientôt commencer », annonce le vieil homme.
Ce soir, monsieur Robin et moi ne sommes pas seuls. Tous les villageois nous ont rejoints pour former un immense cercle autour du vieux chêne. Assis en tailleur, nous attendons dans le silence le plus total que le spectacle féerique débute.

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Les yeux fermés, je me laisse envahir par le calme et, quelques minutes plus tard, la voix de Rosaïa vient chatouiller mon oreille. J’ouvre grand mes yeux et découvre la petite elfe à hauteur de mon nez. Elle est là, devant moi, flottant dans les airs, à attendre quelque chose. Mon regard plonge dans ses yeux amande. Puis, dans un sursaut, je m’écris :

« Oh, non ! j’ai oublié l’offrande pour Rosaïa ! À cause de moi, la fête ne va pas avoir lieu.
— Du calme, petite princesse, me rassure le vieil homme, j’ai apporté un pot à miel. Elle adore cela. Tiens, prends-le, ouvre-le et donne-le-lui en cadeau.
— Merci, monsieur Robin », dis-je soulagée.

Je le saisis, l’ouvre, trempe mon index dedans et tends mon doigt à la petite elfe. Cette dernière, absolument pas craintive, approche et pose son doigt sur la goutte de miel située sur mon index, le goûte, et oups ! Agile et rapide grâce à ses deux petites ailes sur son dos, en un mouvement de ces dernières, la voilà repartie en direction du vieux chêne.

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Puis, cette merveilleuse créature sort de derrière son dos un arc et une flèche bien particulière ; de la poudre dorée se dégage du bout de la pointe. Avec grâce, elle tend son arc, et voici que la flèche s’élève très haut dans le ciel, à perte de vue, avant de disparaître. À la place, une poudre dorée en pluie fine, qui scintille de mille feux, tombe au sol, recouvrant le vieux chêne. Celui-ci est flamboyant de lumière étincelante. Les lucioles et les vers luisants dispersés sur lui ressemblent à des boules de cristal.

Rosaïa, dans sa cuirasse cuivrée, anime la soirée par son chant mélodieux et ses sauts de branche en branche. Le spectacle est divin. Le pouvoir magique opère sur nous tous. Nous en avons plein les yeux. Le cœur débordant de joie, nous nous levons pour danser et chanter, accompagnés de la voix cristalline de Rosaïa. Le spectacle de joie et de partage va durer toute la nuit.

Doucement, l’aube pointe son nez ; la fête est sur le point de se terminer.

« Le jour se lève, dis-je.
— Oui, petite princesse, répond le vieil homme, c’est un jour nouveau. Mais reste attentive, la magie de Rosaïa continue à opérer.
— Oh ! regardez, monsieur Robin, je me sens pousser des ailes ! Ha, ha, ha ! »

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Et c’est ainsi que, depuis ce soir-là, j’enseigne aux nouveaux enfants du village à écouter le silence dans le calme pour que la magie vienne illuminer leur vie.

Remerciements:
Merci à Rosaïa la petite elfe, à tous les enfants, à qui je dédie ce conte, à Anaïs Cammisa et Lorenzo mon petit fils, et une belle pensée à Mireille Martin,
Je vous aime.
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Commenter cet article

Dan 02/04/2016 09:18

Felicitations pour cette premiere comptine... On se laisse embarquer dans l'histoire de la petite Rosaia, de ce viel homme et du grand chene ! Bravo egalement pour les illustrations !!! Bonne chance pour les prochaines comptines... Lorsque je serai de retour, et si tu me l'autorise, je posterai ce joli compte sur mon blog. LOVE

frero 26/03/2016 19:22

c'est magnifique!!!! très beau:!!! j'adore bravo!!!! joli conte

frero 26/03/2016 19:14

C 'est magnifique très be